Vivons nos rêves pour changer le monde
Ce numéro de rentrée est dédié à l’édition 2025 du Festival du Livre de Mouans-Sartoux (pages 24-25), dont le thème traduit l’inquiétude que génère la période violente que nous vivons actuellement avec tous les dangers qu’elle fait peser sur notre avenir : Quel monde demain ?
Il est aussi dédié à Clown Power (page 8), ce festival de clowns dont Denis Lavant est le parrain, cette année, et qui lui a fait dire dans son édito : "Je sais trop bien que tous les pitres et contre-pitres sont de grands orphelins qu’on doit prendre par la main pour les rassurer, les accompagner au point où le pouvoir de leur auguste candeur nous entraînera vers un nouvel enchantement du monde. Et même si le mot même de « pouvoir » semble à des lieues de vos fantasques excentricités et que vous êtes bien les premiers à ne pas être dupes de cette addiction qui corrompt toute humanité et obscurcit la conscience de nos dirigeants. C’est justement en votre pouvoir de nous le faire entendre et de nous faire rire, rien qu’en prenant sur vous la charge maximale de l’inconcevable inanité de notre société greffée dessus ce monde qui n’en a pas fini, lui, de nous épater".
Car dans cette période, des fous organisent des défilés militaires pour oppresser l’Humanité. Pire, on nous promet la guerre dans notre propre pays : économie de guerre, mobilisation de moyens techniques exceptionnels dans les bases militaires, prochainement kit de survie en cas de catastrophe naturelle, ou de… guerre. Vous découvrirez, en pages 22 et 23, des poètes, des pères poétiques et urbains, un dandy rock’n’roll qui avec humour démonte les ressorts modernes de cette société qui perd son sens comme une artère le fait dans un corps blessé. Un agrégé de droit qui vous expliquera comment on gouverne par la peur et pourquoi il a milité contre cela. Vous pourrez lire aussi, à propos d’un ouvrage poignant, le douloureux dialogue entre une autrice exceptionnelle et son amie, mère d’une jeune femme assassinée, devenue icône des féminicides, dont le nombre ne cesse d'augmenter en France et dans le monde. Elles, ils, seront tous à Mouans-Sartoux avec nous sur le stand A011 de La Strada ! Rejoignez-nous, venez discuter, découvrir leurs livres…
Les clowns, les poètes, les écrivains, font ce qu’ils peuvent pour que chacune, chacun comprenne que l’intolérance, la violence et le totalitarisme ne sont pas des solutions. Pourtant une directrice d’école a mis fin à ses jours, dans un petit bled, parce que les habitants ne supportaient qu’elle soit lesbienne et la harcelaient, voire la menaçaient de mort. Ils sont à l’image d’une majorité de gens qui adhèrent aux anathèmes que nombre de politiques prononcent contre ceux qui sont différents, que ce soit par leur religion, leurs origines, leurs orientations sexuelles, ou leur genre. Les agressions envers les femmes, envers la communauté LGBTQI+, envers les enfants, envers les étrangers… en fait contre la différence, qui dans le passé étaient la marque du fascisme, deviennent des "positions officielles" dans bon nombre de pays et, dans le nôtre, augmentent de manière inquiétante.
Ne nous laissons pas impressionner par cette stratégie de la peur, ne nous laissons pas dominer par des algorithmes programmés au bon vouloir de quelques oligarques qui ne rêvent que d’un monde formaté, sans humanité, juste au service de leur intérêt. Il n’est plus question de se diviser, de se replier sur sa bulle. C’est le moment de se fédérer pour que la vie, l’amour et la liberté l’emportent. Nous avons vaincu d’autres bruits de bottes. L’espoir ne suffira pas, il faut le désir, celui d’agir sans tenir compte de cette vindicte algorithmique, oligarchique et violente. Il y a d'autres voies : la poésie peut détraquer un algorithme, car elle est subjective et particulière à chacun, tout comme l’humour et l’empathie sont de bien meilleurs moyens de vaincre. Mais par-dessus tout : la créativité, l’imagination ne sont-elles pas les meilleurs moyens de résister ? Alors, cessons de rêver un autre monde, vivons nos rêves pour le changer.