Un Mozart féministe ?
L'Opéra de Nice programme une nouvelle production du chef-d'œuvre de Mozart au sommet de son art, La Clémence de Titu, une fresque aussi brillante que profondément humaine. Une version résolument contemporaine que le collectif Le Lab / Clarac & Deloeuil, à la mise en scène, a choisie pour interroger la notion de clémence et révéler le rôle central du personnage féminin.
Pouvoir, vengeance, passion, pardon : tous les ingrédients d'une dramaturgie intense sont réunis dans cette œuvre testamentaire, qui révèle un Mozart protoféministe, déployant ses plus belles pages de musique au service de la complexité des sentiments et de l'absurde désastre de la trahison.
En pleine composition de La Flûte enchantée, Mozart reçoit sa dernière commande en urgence : un opera seria (qui contient des airs très virtuoses) destiné à célébrer le sacre de l'empereur Léopold II en tant que roi de Bohême. C'est dire le génie protéiforme du compositeur, aussi fulgurant dans l'écriture que remarquable dans sa capacité à embrasser tous les genres musicaux. Au crépuscule de sa courte vie – l'opéra est créé en septembre 1791, quelques semaines avant La Flûte enchantée, et Mozart décède en décembre de la même année –, il compose donc La Clémence de Titus sur un livret italien de Caterino Mazzolà, et transforme alors ce genre quelque peu figé en y introduisant une profondeur humaine inédite. Car, comme toujours chez Mozart, l'humain tisse avec le politique des liens aussi troubles qu'inextricables.
Rome, an 80. L'empereur Titus (Enea Scala) doit renoncer à Bérénice. Il ignore que l'ambitieuse Vitellia (Anaïs Constant), fille de l'ancien empereur déchu, qui aspire à devenir son épouse, complote son assassinat. Femme blessée, jalouse du pouvoir de Titus, elle manipule ses proches pour parvenir à ses fins, avant de s'avouer coupable et de recevoir le pardon de l'empereur.
Jean-Philippe Clarac et Olivier Deloeuil ont choisi de placer Vitellia au cœur du dispositif dramaturgique, la vidéo jouant un rôle important pour signifier ses tourments. "À travers elle, Mozart révèle une sensibilité profondément moderne, presque féministe, donnant à ses personnages féminins une trajectoire de transformation que les figures masculines peinent à suivre. (…) Après le pardon de Titus, Vitellia choisit de renoncer au pouvoir. Un geste qui invite le public à questionner, au-delà de la clémence, le prix intime et politique de la domination. (...) Notre mise en scène interroge la clémence non comme une vertu morale évidente, mais comme un outil politique ambigu. Titus incarne un pouvoir qui se veut éclairé, mais dont la mansuétude peut aussi servir à asseoir son autorité", expliquent les metteurs en scène. La clémence, vertu morale ou instrument politique ? "Qui, de nous deux, inspire l'autre ?", dit la chanson…
30 jan au 5 fév, Opéra de Nice. Rens: opera-nice.org
photo : Anaïs Constans (Vitellia), tournage © Pascal Boudet - Le Lab
La Clémence de Titus
Tous les jours, à partir du 30/01/2026, jusqu'au 05/02/2026.
Opéra de Nice Côte d'Azur, Nice.