Serial Lover et autres contes toxiques
Quand les histoires de notre enfance rencontrent l'ère #MeToo, cela donne Trois contes et quelques par le Groupe Merci, programmé à Anthéa, du 16 au 20 décembre.
Mais attention, on est loin d'une simple adaptation scénique des contes de Charles Perrault et des frères Grimm. La réécriture d'Emmanuel Adely s'écarte résolument des versions édulcorées de nos jeunes années. Il s'empare de plusieurs récits emblématiques pour les passer au crible de notre société contemporaine. Exit les robes de bal et les forêts enchantées : ici, princesses et princes défilent sur des podiums, roulent en Tesla ou voyagent en jet privé, tout en ayant le nez bien farineux. Quant au roi, il possède champs de pétrole, équipes de foot et médias.
Parmi ces trois contes, on retrouve Peau d'huile, réécriture de Peau d'âne. On y fait la connaissance d'une fashionista qui doit changer de peau pour échapper à un père aux pulsions incestueuses. Mais aussi Lou, qui diffère quelque peu du Petit Chaperon rouge : la fillette apporte des plats congelés à sa grand-mère en banlieue, pour mieux s'éloigner de sa mère, épuisée et dépressive. Le dernier conte revu et corrigé, Serial Lover, revisite Barbe Bleue. Notre héros y est décrit comme un homme très riche qui teste la confiance de sa femme en lui remettant les codes de sa villa. Mais il est loin du gentil barbu inoffensif : il a la fâcheuse tendance à collectionner les cadavres des femmes qu'il a séduites.
Trois contes et quelques donc... Car il faut aussi compter sur la présence d'autres grandes figures emblématiques de nos histoires d'enfance, comme Cendrillon, Le Petit Poucet ou encore La Belle au bois dormant.
Le metteur en scène Joël Fesel, plasticien, scénographe et fondateur du Groupe Merci, a conçu une scénographie où l'absurde se mêle à la surprise. Le public découvre une scène de crime sur terrain de golf, avec une fausse pelouse pas tout à fait déroulée. Un grand tapis qui cache bien des méfaits... Un décor qui n'est rien d'autre qu'une métaphore du conte lui-même : sous le vernis du merveilleux et des faux-semblants se dissimulent nos travers humains. Une pièce déconseillée aux moins de 12 ans, mais qui ravira adolescents et adultes.
16 au 20 déc, Anthéa, Antibes. Rens: anthea-antibes.fr
photo : Trois contes et quelques ©Luc Jennepin