Prodigieux et engagé
Tous les enfants prodiges ne deviennent pas de grands solistes. Ce n'est pas le cas d'Evgeni Kissin qui, depuis son 1er concert sur scène à 10 ans, est devenu l'un des pianistes les plus plébiscités par ses pairs comme par le public à travers le monde. Il sera l'invité de l'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo pour un récital très romantique.
Enfant prodige, Evgeni Kissin l'est en effet puisque, dès l'âge de 11 mois, tel Mozart, il chantait une fugue de Bach entendue à la maison. C'est du moins ce qu'il raconte – et l'on serait tenté de le croire à la lumière de la trajectoire parcourue depuis. Élève à Moscou d'une professeure exceptionnelle, Madame Kantor, qui a su respecter et développer la personnalité unique de son jeune élève, il a construit un rapport à la musique très intuitif et très articulé. Cela lui a permis, très tôt, de côtoyer les plus grandes formations et surtout les plus grands chefs d'orchestre, auxquels il a parfois su imposer sa propre conception des œuvres : Sir Colin Davis, Daniel Barenboim, Vladimir Ashkenazy... et bien d'autres.
Non content d'être l'un des pianistes les plus doués et les plus sensibles de sa génération, récompensé par de nombreux prix, Kissin est également compositeur à ses heures et grand amateur de poésie, qu'il partage parfois avec son auditoire.
C'est aussi un homme engagé, notamment pour la cause ukrainienne : il a probablement été l'un des premiers artistes russes à condamner plus que fermement les actions de Vladimir Poutine, avant de dénoncer à maintes reprises la faiblesse, voire la complaisance des Occidentaux vis-à-vis du Kremlin depuis de très nombreuses années… Dans un long texte publié par le média canadien Stir en 2022, il interrogeait notamment : "Comment se fait-il que l'expérience d'Hitler, il y a près d'un siècle, n'ait pas encore appris aux hommes politiques occidentaux qu'il ne faut jamais apaiser les dictateurs et les meurtriers, mais les affronter de la manière la plus décisive et par tous les moyens possibles ?"
À Monaco, le programme qu'il interprètera s'ouvrira avec la majestueuse Sonate n°7 de Ludwig van Beethoven, la plus longue – en quatre mouvements – de l'opus 10, offrant une variété d'atmosphères et d'émotions impressionnante pour un compositeur de tout juste 30 ans. Le récital se poursuivra avec trois maîtres du romantisme : Frédéric Chopin, familier du pianiste, et cinq de ses Mazurkas de l'opus 17 ; Robert Schumann et le cycle magnifique des Kreisleriana, huit pièces dédiées à la jeune Clara Schumann, alors que le compositeur n'a que 28 ans – des pages qui révèlent déjà le caractère instable de l'artiste, opposant élans passionnés et moments contemplatifs. Enfin, le récital s'achèvera avec une Rhapsodie hongroise de Franz Liszt, autre sommet de la littérature pianistique. À n'en pas douter, un grand moment de piano en prévision !
4 fév, Auditorium Rainier III, Monaco. Rens: opmc.mc
photo : Evgeny Kissin © Johann Sebastian Haenel - Deutsche Grammophon
[Grande saison] Evgeny Kissin
Le 04/02/2026 à 19:30.
Auditorium Rainier III, Monaco.