Mona dans tous ses états
L'Atelier du Safranier est fondé et animé par Dominique Prévost. Sa passion : la gravure. Il a choisi de la partager avec 80 créateurs, et avec le public, à l'occasion d'une exposition collective autour d'une icône de Madone orthodoxe, rebaptisée Mona dans tous ses é. Chacun des participants l'a interprétée à sa manière, guidé par les conseils du taulier, pour aboutir à des gravures étonnantes, visibles du 3 février au 28 mars, à la Médiathèque Albert Camus d'Antibes.
Dominique Prévost est passé par la Villa Arson. Il est fier d'avoir fait partie de la première promotion, alors que le lieu était encore en travaux. Il a passé sa première année dans un bâtiment de l'avenue Georges-Clémenceau à Nice avant d'intégrer les bâtiments que nous connaissons aujourd'hui. C'est aussi à cette époque qu'il a rencontré Ben, grâce à sa boutique de la rue Tonduti-de-l'Escarène, où il allait chercher ses disques.
Issu d'une famille où il fallait "ressembler à quelque chose", il choisit de suivre un cursus en architecture et environnement. À l'issue de cette formation, il travaille durant 5 ou 6 ans dans l'architecture. Mais ses projets ne trouvaient pas leur public. Était-il un trop en avance ? Ce qu'il produisait alors est pourtant devenu très tendance aujourd'hui : comme créer des structures en verre pour habiter des ruines... Contraint de faire du "néo-provençal", ce qui le navrait, il décide de tout quitter.
La gravure viendra plus tard, au fil des rencontres. Bien qu'il ait découvert cette pratique à la Villa Thiole, où il faisait sa prépa pour la Villa Arson, avec une professeure nommée Anne-Marie Péguret.
C'est en 1981 qu'il ouvre l'Atelier du Safranier, dans une vieille et vaste bâtisse du vieil Antibes, qui n'était alors pas aussi prisé qu'aujourd'hui. Il y crée un atelier de gravure, de lithographie, de dessin et de peinture. L'enseignement lui permet une introspection sur ses propres analyses de lecture d'œuvres ou de techniques afin de pouvoir les transmettre : comprendre pour enseigner. Très vite, il oublie qu'il pourrait être artiste ; il apprend surtout des autres en travaillant avec eux.
80 créateurs pour une exposition collective
Il n'est donc pas étonnant qu'il ait choisi de concevoir cette exposition collective réunissant 80 créateurs. Il dit bien "créateurs" et non "artistes" : certains sont reconnus, d'autres amateurs, d'autres encore ont découvert la gravure à cette occasion. Pour Dominique Prévost, "nous sommes tous créateurs de quelque chose" : les enfants le sont, le boulanger l'est, les artistes aussi...
C'est avant tout une aventure humaine. Ghislaine Buire, l'une des participantes, confie une ancienne planche en bois gravée, a priori une madone orthodoxe. Dominique Prévost la baptise Mona, afin de la délester de toute connotation religieuse, mais aussi parce qu'elle lui évoque la sérénité de La Joconde de Léonard de Vinci : pour lui, elle est un peu la mère que nous aimerions tous avoir.
Les essais commencent simplement : de l'encre, une feuille posée dessus, on frotte – pas besoin de presse. Ce procédé permet d'imprimer sur toutes sortes de supports. Au fil des rencontres, Dominique Prévost invite d'autres créateurs à partager l'aventure. Tous ne sont pas plasticiens, mais tous souhaitent travailler autour de ce thème commun. C'est aussi, pour lui, une manière de transmettre sa passion de la gravure et de l'impression, aux créateurs comme au public.
Chacun a travaillé soit à partir de l'image entière de la "Madone", soit à partir d'un détail. Ce qui importait avant tout était ce thème commun. Dominique Prévost a joué les "maître de cérémonie", indiquant à chacun lorsque le chemin emprunté était déjà exploré, afin que toutes les propositions trouvent leur singularité. Il a accompagné techniquement les participants, toujours dans cette volonté d'apprendre avec ceux qui font, d'enseigner les arts plastiques et la gravure en s'adaptant aux désirs d'expérimentation de chacun.
Cette exposition réunissant 80 créateurs prendra place à la Médiathèque d'Antibes, hors des white cubes traditionnels, dans un espace ouvert et multiculturel, ni galerie ni musée, pour offrir ce cadeau au grand public. Dominique Prévost compte bien la faire circuler par la suite, sans aucune volonté de bénéfice : simplement pour célébrer les créateurs et la gravure. Il édite toutefois un leporello recto-verso (livret sous forme d'un soufflet de près de 5 m de long, à déplier comme un accordéon), présenté dans un étui splendide, qui tient lieu de catalogue. L'ensemble des œuvres et leurs créateurs y sont réunis, enrichi de plusieurs inserts expliquant le travail de gravure, ainsi que de deux très beaux textes de Christian Artaud et Michel Gathier (une des plumes de La Strada !). Sa vente servira à financer les frais de cette exposition, que l'Atelier du Safranier assume de manière indépendante, sans souci de commercialisation.
Un acte généreux, désintéressé et presque historique : jamais une exposition réunissant 80 créateurs n'a été organisée de façon aussi indépendante. On reconnaît là la passion d'un graveur, plasticien et poète qui ne souhaite qu'une chose : transmettre, partager et montrer. Nous vous encourageons à visiter cette exposition exceptionnelle, tant pour la richesse des propositions que pour son caractère profondément humaniste et poétique.
Exposition, 6 fév au 28 mars (vernissage 6 fév 18h) • Conférence Expression d'une impression par Dominique Prévost, 13 fév. Médiathèque Albert Camus, Antibes. Rens: ma-mediatheque.net, mona-dans-tous-ses-etats.fr
photo : Atelier du safranier © DR
Mona dans tous ses états
Tous les jours, à partir du 03/02/2026, jusqu'au 28/03/2026.
Médiathèque Albert Camus CASA, Antibes.