Mise à nu
Le Théâtre de Grasse accueille Kill Me, spectacle-performance de danse (mais pas que), conçu par l'artiste argentine Marina Otero. Un art total qui fait successivement s'entrechoquer des corps, Bach, Lacan, Psycho Killer des Talking Heads, une excentrique réincarnation de Nijinski, Édith Piaf, des vidéos, ou encore Wrecking Ball de Miley Cyrus, dans une sorte de bric-à-brac conceptuel toujours plus baroque. Explications.
Metteure en scène, interprète, auteure, Marina Otero, née en 1984 à Buenos Aires, écrit et réalise de bout en bout ses spectacles. Dernier d'une trilogie amorcée avec les œuvres Fuck Me (2020) et Love Me (2022), Kill Me s'inscrit dans ce triptyque, intégré à son ambitieux concept Recordar para vivir (Se rappeler pour vivre), démarré en 2008. Et qui se conclura le jour de sa propre mort, indique Marina Otero. Car pour la jeune femme, c'est tout bonnement une question de survie.
L'idée de ce spectacle a germé à la suite d'une crise personnelle que la chorégraphe traversait dans sa relation amoureuse. "Un jour, je me suis effondrée, j'ai reçu un diagnostic psychiatrique et j'ai décidé d'en faire ma prochaine œuvre." Elle s'entoure alors de quatre danseuses (Ana Cotoré, Josefina Gorostiza, Myriam Henne-Ada, Natalia López Godoy) ayant toutes connu des troubles mentaux, et se lance, avec et à travers ces femmes, dans une exploration du mouvement du corps en lien avec l'histoire intime de chacune. "Comprendre pourquoi leurs corps bougeaient ainsi."
À partir de ce matériau brut, émotionnel et sensoriel, Marina Otero a façonné un récit fictif qui lui a permis d'approfondir le rapport des danseuses et du seul danseur du groupe, Tomás Pozzi, qui reprend la figure du danseur russe Nijinski – personnage qui fascinait Otero dès l'enfance – tombé dans la folie. Mêmes obsessions qui les rapprochent : sexe, amour, danse, quête éperdue de soi.
Kill Me, présenté en espagnol, surtitré en français, est une œuvre multidisciplinaire dénuée de toute forme de jugement, qui exhibe les corps tels qu'ils sont, et montre, dans leur nudité, des humains qui boxent avec la vie, confrontés qu'ils sont à l'âpreté des problèmes de santé mentale. Pour sa puissance et sa crudité impudique, la performance est d'ailleurs déconseillée aux moins de 16 ans (scènes de nudité intégrale, contenu sensible autour du suicide).
"Voilà, nous sommes comme ça", clame Marina Otero, afin que ces humains pas tout à fait comme nous – qui nous croyons normaux, c'est-à-dire un peu moins "dérangés" que ce que nous pensons – soient eux aussi accueillis dans le marché de l'art, au théâtre, et partout dans le monde.
3 fév, Théâtre de Grasse. Rens: theatredegrasse.com
photo : Kill Me © Sofia Alazraki
Kill Me
Le 03/02/2026 à 20:00.
Théâtre de Grasse, Grasse.