Mémoire recomposée
L’Institut audiovisuel de Monaco projettera, le 13 novembre, une pépite signée Pierre Primetens, La Photo retrouvée, poursuivant sa programmation autour du Réemploi contemporain du film amateur qu’avait lancé le passionnant festival REC.forward porté par l’Université Nice Côte d’Azur, en pause en 2025.
"Durant mon enfance, j’ai vécu des événements traumatisants. Je n’ai jamais cessé de ressasser ces instants, de tenter d’en comprendre le sens, dans le but de rester vivant. Aujourd’hui, je désire raconter cette histoire, mais je n’ai aucune image de mon enfance ni de ma famille. Elles ont toutes été perdues ou détruites. Alors je décide de raconter mon histoire, en empruntant les images des autres." Ainsi a pris forme La photo retrouvée, film en super 8 et 16 mmm de 76 minutes, récit autobiographique élaboré sans archives ni mémoire des évènements, à partir de celles d’autres familles, des gens communs qui eux ont gardé la trace de leurs récits familiaux, anniversaires, mariages, naissances, vacances, camping… Tel est le principe de ce réemploi : une réappropriation d’images amateurs animées pour produire de nouveaux contenus, porteurs de leurs propres intentionnalités, dans des formes et formats revisités.
Pierre Primetens nait en 1974 d’une mère portugaise et d’un père français. Il perd sa mère pendant son enfance. Après des études d’arts plastiques et de cinéma, il s’est fait connaitre par ses films autobiographiques, dont Un voyage au Portugal, Des vacances à l’Île Maurice et Contre Toi. Un jour il découvre une image du mariage de sa mère, là où tout a commencé : la photo retrouvée. Ne possédant quasiment aucune image de lui enfant, ni de sa famille, il va emprunter aux autres.
Le film raconte une époque, qui va de la guerre d’Algérie aux années 70 et 80, avec les vagues d’immigration portugaise et mauricienne en France. Il parle de la violence des rapports coloniaux et post-coloniaux, de destins violents, intrinsèquement liés les uns aux autres, par des mariages et des liens du sang, mais aussi de la lutte pour l’intégrité de l’identité sexuelle, du corps des femmes qu’on assujettit, qu’on rabaisse. Et de la détestation de l’homosexualité, qu’on tait, qu’on méprise. "C’est cette complexité, cette ambigüité, ce constant aller-retour entre mes souvenirs et leur mise en perspective d’une réalité plus large qui est travaillé dans ce film." De ces images étrangères sur lesquelles il appose un texte intime, Pierre Mertens livre un récit familial bouleversant. Une comédie humaine qui renvoie chacun de nous à sa propre histoire.
13 nov, Petite Salle – Institut audiovisuel de Monaco. Rens: institut-audiovisuel.mc
photo: La photo retrouvée de Pierre Primetens (jeune femme sur un chemin) © Perspective Films