Les raffinements de l’artifice numérique
Pour sa 8e édition, l’événement Artifice Numérique, au 109 à Nice, place les robots au cœur du programme. Le cœur, oui, celui qui bat au rythme des utopies, d’une esthétique nouvelle et d’expériences inédites. Pour réchauffer ces petits êtres ou programmes de métal et de plastique dont l’impulsion électrique ne coagule jamais, l’humain dispose en effet de nombreuses ressources. Le Hublot les offre à nos regards et systèmes de pensée, misant sur ces outils nourris par nos intelligences communes.
L'artifice. On peut entendre l’artifice au sens du détour, de l’astuce voire de la ruse et de l’imposture. Mais ici, tout est transparent dans les recherches et programmations numériques : il s’agit de montrer les procédés qui permettent, parfois de façon tout à fait bluffante, d’améliorer nos atouts humains, en y ajoutant une forme de raffinement. Loin des artifices péjoratifs donc, la quinzaine d’événements veut d’abord favoriser la rencontre entre artistes et citoyens – tous les artistes seront présents au vernissage, et soutenir (réellement) la jeune création numérique.
L’événement. Deux autres objectifs guident l’équipe du Hublot et son directeur artistique, Frédéric Alemany, depuis 8 ans. Il s’agit de "sensibiliser le public aux nouvelles formes d’art issues des technologies émergentes". D’abord, Erik Lorré, précurseur de la création multimédia et acousticien, propose Singin’ in the Rain, symphonie algorithmique/rythmique de parapluies qui s’ouvrent et se referment en cadence, nous offrant le spectacle poétique d’un jour de pluie par temps intermittent. Ensuite, l’artiste compositeur Stéphane Bissières, sorte de généticien de la vie artificielle, fait vibrer dans les airs des pistes sonores en exhibant nus des disques durs en activité, Dataline. Enfin, dans un retour aux origines, l’artiste Jérémy Griffaud déploie une expérience de réalité étendue (XR) avec The Origin of Things, où des plantes et décors qu’il a réalisés à l’aquarelle sont numérisés et intégrés dans des moteurs de jeux vidéo et soumis à notre intervention. La main de l’humain apprenti sorcier crée des créatures aux destins incontrôlables. L’audacieuse galerie Espace A Vendre à Nice lui offre d’ailleurs une carte blanche, visible jusqu’au 28 novembre (voir article page 17).
Mais revenons à nos moutons-robots. On n’est sans doute pas tous égaux devant la notion de futur et de son exploration, puisque le futur n’existe pas au temps présent (sic) et que le numérique a déjà enterré ce que les datés millennials appellent encore les nouvelles technologies. Dans le futur trône le hacking des machines intelligentes-mais-pas-assez-pour-être-intouchables : c’est ce que proposent France Cadet avec Dog[LAB]01, une œuvre précurseuse et historique sur le hacking de robots chiens (cochons, méduses et moutons !), et Simon Lazare en collaboration avec le musicien et codeur s8jfou qui présentent DIYauto, une interface composée de sculptures-instruments capables d’enclencher images et sons à la seule force de nos humbles gestes.
Si vous souhaitez mettre les mains dans le code. L’atelier Programme ton robot est proposé tous les mercredis avec le robot quadrupède bionique Unitree Go2 Pro. Enfin, pour épouser le robot intégralement, plusieurs événements bouclent le programme : le film Freakenstoown d’Axel Amato, une programmation de courts-métrages toute dédiée aux robots, une conférence-débat avec l’anthropologue Lionel Obadia sur la vie déjà vraie avec les robots, une performance musicale du luthier contemporain Florent Colautti (Les corps mécaniques), et un concert robotiquement inclassable de Kap Bambino, en partenariat avec Panda Events.
14 au 29 nov (14 nov 19h, vernissage – 20h30, concert Kap Bambino), L’Entre-Pont – Le 109, Nice. Rens: lehublot.net/artifice2025
photo : DIYauto © Simon Lazare & s8jfou