Les forces découplées
Alors qu'arrive la Saint-Valentin, voici deux pièces dédiées au couple… ou plus précisément à sa fin ! Scènes de la vie conjugale d’Ingmar Bergman, à voir à Nice et à Monaco, et Trahisons d’Harold Pinter, jouée à Châteauvallon.
Des mots en creux de Harold Pinter qui révèlent lentement les choses, à ceux d'Ingmar Bergman qui décapent tranquillement les vernis, ces deux pièces écrites dans les années 70, sont – c’est tout de même troublant –, deux pièces pour lesquelles chacun des auteurs s’est inspiré de sa propre vie ; et deux pièces au verbe simple, où éclats et silences font tout autant sens. Sans pourtant que le "vrai" ne soit jamais dit, tout simplement parce qu’il n’existe pas. Et ni le faux d’ailleurs : en amour, vrais mensonges et faux aveux mirobolent admirablement.
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ToggleScènes de la vie conjugale
Avec Romane Bohringer et Stanislas Nordey dans les rôles de Marianne et Johan, Christophe Perton adapte et met en scène cette saga de Bergman diffusée à la télévision, qui examine une vie de couple qui se découple... Assuré de son bonheur sans faille depuis 10 ans, ce duo amoureux se déchire soudain. Bergman écrit lui-même : "Johan et Marianne sont les enfants des normes figées et de l'idéologie de la sécurité matérielle. Leur style de vie bourgeois ne leur a jamais paru oppressant ou fallacieux. (...) Ils sont anxieux, gais, égoïstes, sots, gentils, sages, désintéressés, affectueux, emportés, tendres, sentimentaux, insupportables, aimables. Le tout dans un unique mélange. Voyons maintenant ce qui se passe." Cette série provoqua au début des années 70 une vague de divorces en Suède. Et pour cause : il décortique le lien amoureux pris en étau entre les convenances sociales et les aspirations intimes.
Trahisons
Ces Trahisons d’Harold Pinter, adaptées d’une nouvelle traduction d’Olivier Cadiot, explorent quant à elles le couple et ses non-dits. Dans une triangulation bien connue du vaudeville – femme, mari, amant –, la narration antéchronologique (on commence à la fin pour terminer au début) offre une vision claire d’une issue certaine où chaque scène apporte un nouvel élément antérieur, révélant tantôt une mémoire défaillante, tantôt de lourds mensonges. Pas de méchants ni de gentils entre cette femme et ces deux meilleurs amis, mais bien trois traîtres trahis. Dans cette (dé)construction à rebours, on traque le peu de détails qui puisse faire vérité. Et Harold Pinter use avec précision de pauses et de silences, à interpréter avec tout autant de finesse, car ils permettent de questionner la véracité de ce qui vient d’être dit, de cerner l’usage d’une métaphore qui masquerait le réel, de questionner l’existence d’une éventuelle manipulation... Dans sa mise en scène, Tatiana Vialle permet au texte de Pinter de se déployer tout en liaisons floues et troubles, et où la femme (Marie Kauffmann) n’est pas le centre du nœud complexe à démêler : l’amitié entre les deux hommes, le mari (Marc Arnaud) et l’amant (Swann Arlaud), est tout autant approchée, avec délicatesse.
Scènes de vie conjugale, 6 fév, Théâtre Princesse Grace, Monaco. Rens: tpgmonaco.mc / 11 au 13 fév, La Cuisine – Théâtre National de Nice. Rens: tnn.fr
Trahisons, 3 & 4 fév, Châteauvallon, Ollioules. Rens: chateauvallon-liberte.fr
photo : Trahisons © Caroline Bottaro
Trahisons
Tous les jours, à partir du 03/02/2026 20:00, jusqu'au 04/02/2026 20:00.
Châteauvallon - Scène Nationale, Ollioules.Scènes de la vie conjugale
Le 06/02/2026 à 20:00.
Théâtre Princesse Grace, Monaco.Tous les jours, à partir du 11/02/2026 20:00, jusqu'au 13/02/2026 20:00.
La Cuisine - Théâtre National de Nice, Nice.