La vague totalitaire enfle…
La censure politique est devenue un sport international dans des pays qui se disent "démocratiques". Le "règne" du clown à moumoute a lancé la tendance : interdiction de certains mots dans les recherches, répression de toute opposition, dénigrement des médias critiques… Nous ne pensions pas voir cela en Europe, encore moins en France. Nous avions pourtant déjà alerté sur les pressions exercées sur les sujets de recherche et de thèse.
Censure étatique ?
Une décision de justice vient de reconnaître des dérives du même genre de la part de l'État français. Le 9 décembre 2022, la police avait occulté la vitrine de la librairie Les Parleuses à Nice lors de la visite de Gérald Darmanin, venu inspecter le chantier du nouvel Hôtel des Polices sur le site de l'ancien hôpital Saint-Roch. Les gérantes avaient autorisé un collectif féministe à afficher des messages dénonçant l'impunité des auteurs de violences sexuelles – "Violeurs, on vous voit", ou encore "Qui sème l'impunité récolte la colère" – et à mettre en avant l'ouvrage Impunité de Hélène Devynck. Gérald Darmanin était en effet accusé de viol et de harcèlement par Sophie Patterson-Spatz, avant que la Cour de cassation ne valide, en février 2024, le non-lieu prononcé en juillet 2022. Par un jugement du 14 janvier 2026, le tribunal administratif de Nice a annulé l'occultation, estimant qu'elle n'était pas nécessaire au maintien de l'ordre public et que les affiches n'étaient ni diffamatoires ni dangereuses. La justice, pilier fragile de notre démocratie, a fait son travail.
Censure de la "Tech"
Récemment, la poétesse niçoise Marilyne Bertoncini a quant à elle vu ses pages supprimées par "Face de Bouc" (1) pour avoir publié un poème de Renée Good, tuée par un agent fédéral du service de l'immigration et des douanes aux États-Unis, le 7 janvier 2026 à Minneapolis. Ces plateformes se présentent comme des réseaux sociaux et ne respectent pas les règles de l'édition. Pourtant, les "posts" sont bien des éditions numériques. Ces firmes de la "Tech" nous imposent leurs conditions générales d'utilisation en lieu et place de la loi, ce qui s'inscrit dans cette tendance outre-Atlantique de négation de l'État de droit. Marilyne a alors ouvert une autre page. Rebelote : après un avertissement lié à un post sur l'assassinat d'un jeune Iranien : elle n'a cette fois pas été censurée, mais il lui a fallu envoyer un "selfie" pour examen – soit un fichage par une société privée, pourtant formellement interdit par la loi en France. Le fait que le pouvoir américain s'oppose aux mollahs iraniens a sans doute joué : cette fois, pas de censure par "Mets Ta" (1). Deux poids, deux mesures.
Quand l'Europe créera-t-elle enfin ses propres réseaux et imposera-t-elle le Droit face à ces sociétés privées ? La déstabilisation des démocraties par ces dernières n'est plus un mystère. Les problèmes d'éthique qu'elles posent, les dégâts sur la santé mentale – en particulier celle des jeunes – qu'elles génèrent, ne sont-ils pas assez graves pour que nous défendions nos libertés ?
(1) Nous sommes contraints d'employer des sobriquets pour parler de certaines firmes ou personnes afin que cet article puisse circuler sur le Net et les réseaux sociaux. Preuve d'une réelle pression à l'encontre de nos valeurs démocratiques.
photo : message sur la façade de la librairie Les Parleuses, à Nice © DR