Gustave Courbet, par nature révolté
Gustave Courbet (1819-1877) s'expose à La Banque, Musée des cultures et du paysage de Hyères, jusqu'au 24 mai 2026. Une passionnante exposition qui relie son parcours de vie, son engagement politique, la presse de l'époque et ses œuvres. Mais pas que...
Que le visiteur qui se lancera dans le parcours de cette exposition ne s'attende évidemment pas à y voir L'Origine du Monde, fameuse œuvre réalisée en 1866 par Gustave Courbet, qui a encore fait scandale ces dernières années, au point d'être censurée sur les réseaux sociaux, car souvent perçue comme une image pornographique ou, pour le moins, sexiste. Une pièce d'ailleurs taguée à ce titre, en 2024, lors d'une exposition consacrée à Jacques Lacan, son dernier propriétaire avant qu'elle soit léguée au musée d'Orsay en 1993.
L'exposition illustre, par certaines de ses œuvres et par d'autres "relues" par des caricaturistes, la liberté revendiquée par Courbet dans la représentation de la femme "libre et charnelle" et de sa nudité. Et malgré toutes les réactions négatives face à ses représentations, on le découvre comme l'un des initiateurs de ce qui a été produit par les générations suivantes d'artistes et a changé notre vision du corps féminin.
On découvre aussi son "réalisme", étiquette qu'on lui avait collée et dont il est, de nos jours encore, quasiment considéré comme le principal fondateur. "Le titre de réaliste m'a été imposé comme on a imposé aux hommes de 1830 le titre de romantiques. Les titres en aucun temps n'ont donné une idée juste des choses ; s'il en était autrement, les œuvres seraient superflues", a-t-il ainsi en introduction d'un catalogue d'une exposition qu'il a lui-même organisée, en réaction au rejet de plusieurs de ses tableaux au Salon d'art qui se tenait en même temps que l'Exposition universelle de Paris en 1855.
Les caricaturistes, la liberté – artistique et politique – et ses réactions face aux décisions des institutions culturelles et politiques constituent ainsi trois des aspects étonnants de la vie et de l'œuvre de Gustave Courbet. Et l'un des atouts majeurs de cette exposition hyéroise est justement de nous faire parcourir sa vie à travers des textes simples mais très bien documentés, et illustrés par ce dont ils parlent : lieux de vie et œuvres correspondantes, revues d'époque, caricatures, engagements politiques, dont la Commune en 1870, qui lui vaudra une condamnation et un exil en Suisse, où il décèdera après y avoir réalisé, là aussi, de superbes œuvres – dont certaines sont ici exposées.
On comprend donc mieux ici le titre complet de ce voyage proposé à Hyères : Gustave Courbet. Du chant de la nature aux voix de la révolte. Et un autre aspect étonnant de ce parcours : 122 œuvres sont exposées, mais seulement 40 de lui-même, les autres étant soit des relectures de ses œuvres et de ses lieux de vie par d'autres artistes, soit des extraits de journaux de l'époque, avec cette multitude de caricatures dont il a été l'objet et qu'il applaudissait. Car celles-ci lui faisaient, malgré tout, une jolie publicité et servaient sa notoriété… et son ego !
Une exposition presque pédagogique, véritablement passionnante, qui donne envie d'aller ensuite explorer, par nous-mêmes, ce foisonnement artistique et l'étrange vie (et fin de vie) de cet homme. Et d'en "rajouter une couche" qui aurait certainement faire sourire l'artiste ! Car voilà ce que pensait de lui Alexandre Dumas fils, au moment de l'engagement de Courbet dans l'insurrection de la Commune en 1871 : "[...] de quel accouplement fabuleux d'une limace et d'un paon, de quelle antithèse génésiaque, de quel suintement sébacé peut avoir été généré, par exemple, cette chose qu'on appelle M. Gustave Courbet ? Sous quelle cloche, à l'aide de quel fumier, par suite de quelle mixture de vin, de bière, de mucus corrosif et d'œdème flatulent a pu pousser cette courge sonore, cette incarnation du Moi imbécile et impuissant ?" (Extrait d'une lettre publiée dans Le Figaro, le 12 juin 1871).
Jusqu'au 24 mai, La Banque, Musée des cultures et du paysage, Hyères. Rens: FB MuseeHyeres
photo: Gustave Courbet, Le Saut de la Brême, c.1864, Huile sur toile, Institut Gustave Courbet, Ornans © Institut Gustave Courbet, Ornans
Gustave Courbet - Du chant de la Nature aux voix de la Révolte
Tous les jours, à partir du 17/01/2026, jusqu'au 24/05/2026.
La Banque, Musée des cultures et du paysage, Hyères.