Dérives autoritaires
Les vagues de submersion sont une des préoccupations que nous devons aux changements climatiques. Ces derniers seraient une "arnaque" d’après le clown violent et stupide qui dirige la soi-disant première puissance du monde. Mais il est, avec ses congénères despotes, à l’origine d’une autre lame de fond bien plus dangereuse : le tsunami totalitaire qui harcèle nos démocraties et nos libertés.
Une industrie entière s’est mise au service de ces dictateurs d’une nouvelle espèce : médias, réseaux sociaux, algorithmes, IA qui pourraient être des moyens merveilleux pour créer du lien social, mais sont au contraire parvenus à nous isoler. Les terrasses de cafés et de restaurants, la rue, sont pleines de gens qui sont ensemble, mais ne se parlent pas et sont rivés sur leurs écrans. Ces écrans ne créent pas seulement de l'isolement, il accentue la suppression du lien qui relie la mémoire à notre cerveau cognitif. Ce lien qui permet à notre intelligence d’aller prendre ses "données" dans notre mémoire : ainsi plus d’histoire, plus de calcul mental, plus de souvenirs personnels ? Si ce n’est les albums photo et les vidéos…
C’est l’ère de la post-vérité : on donne des points de vue sans connaître les faits, l’Histoire, la géographie… La vérité est devenue le point de vue de ceux qui ont les moyens de l’imposer, avec autour d’eux une kyrielle de "courtisans" qui inventent et détournent ces nouvelles technologies pour nous asservir alors qu’elles pourraient être utiles si les peuples en avaient le contrôle. Ces techniques sont en fait la propriété d’une caste de dominants qui ne travaille qu’à sa prospérité et à l’entretien de sa domination, sans partage.
C’est alors que l’on demande, à ceux qui subissent, d’adopter une "culture du compromis". Mais comme l'écrit, en page 30 de ce numéro, Robert Charvin, ex-doyen de la Faculté de Droit de Nice, professeur émérite de droit public : la compromission est-elle si souhaitable ? En effet, dans certains domaines, le compromis ne sert qu’à… se compromettre, ce qui n’a jamais été une prise de position très positive. L’impression que tout ce cirque donne est quelque chose proche de l’univers de Frantz Kafka, une sorte de novlangue où le sens des mots s’inverse, où les bourreaux se victimisent, où le raciste se plaint d’une atteinte à sa liberté d’expression quand il est condamné.
D’ailleurs ce "générateur de contradictions" est arrivé au paradoxe ultime : des leaders politiques demandent la sévérité de la justice, et rejettent celle-ci quand elle les frappe. De sorte qu’ils expriment devant moult médias ce que n’importe quel délinquant dit de la Justice : se plaignant de sa partialité et de son manque de justesse. Ces leaders ne peuvent être des démocrates, car lorsque l’on commence à dénigrer la Justice, c’est le fondement de la démocratie que l’on dénigre. Incompréhensible.
D’ailleurs le plus "agité" de ces autocrates, le clown US, avec son masque de terracotta et son anticerne, a dépassé ce stade. Il envoie l’armée et la garde nationale faire des rafles dans la rue pour arrêter les étrangers. Plus besoin de décision de Justice¬. Mais n’y a-t-il qu’aux USA que cela se produit ? Dans notre région même, l’armée arrête des gens, comme Cédric Herrou, qui aident les migrants, même s’ils le font dans les règles qu’imposent nos lois.
Le harcèlement violent se voudrait être une technique du maintien de l’ordre, sans que ceux qui l’ordonnent comprennent que ces agissements en dehors de l’état de droit détruisent les fondements du vivre-ensemble et rendent ingouvernable les pays qu’ils dirigent.
Voudrait-on nous forcer à expliquer à nos enfants qu’il suffit d’être fort pour avoir raison, que les faits ne sont pas la réalité et que la vérité ne peut être que la "version du chef", de celui qui crie et tape le plus fort ? L’Histoire nous a donné des centaines d’exemples de ce genre de comportements et des dégâts qu’ils ont provoqués. Mais qui se soucie encore de connaître l’Histoire ? Qui se soucie de chercher pour savoir ? Beaucoup de nos "nouveaux despotes", qui peuplent de plus en plus la Planète, interdisent, bâillonnent, freinent la recherche même, supprimant ou érodant ce que l’on nomme les libertés académiques.
Notre baseline, L’essentiel de la Culture au Pays des Paradoxes, n’a jamais été aussi pertinente qu’aujourd’hui tant les paradoxes régissent nos vies. La Rue reste le seul média où les algorithmes sont inutiles (1). Car de nos jours pour transmettre une information à un groupe d’individus, lui parler directement, en live, sans le filtre d’un média, quel qu’il soit (réseau social, presse…), semble le plus pertinent. Ainsi malgré des prouesses techniques énormes, nous sommes pourtant réduits à cette effarante régression. Funeste paradoxe. D’ailleurs, l’écrit recule. De nos jours on parle à son smartphone, sa tablette ou son ordinateur, il écrit pour nous. On écoute, on regarde des images, on en fabrique… mais on n’écrit plus. Tout est "dans" la machine et dans les serveurs, les têtes sont vides, les cœurs aussi. Quelle tristesse.
(1) D’où le nom de notre journal : La Strada, La Rue en italien.