"C'est la désobéissance qui m'intéresse"
En partenariat avec les Rencontres Internationales de Monaco et la Méditerranée, l'Institut Audiovisuel de Monaco met à l'honneur la cinéaste Danielle Arbid, en projetant son film Dans les champs de bataille, le 4 mars prochain.
Née à Beyrouth en 1980, Danielle Arbid a fui la guerre du Liban et rejoint la France en 1987, où elle étudie la littérature à la Sorbonne-Nouvelle et le journalisme au CFPJ. C'est après une brève expérience dans la presse écrite qu'elle écrit une nouvelle qui lui permet d’obtenir une aide pour réaliser son premier court métrage, Raddem (1998), avec Hiam Abbass. Premier long métrage de la réalisatrice, Dans les champs de bataille (2003) marque le début d’une filmographie riche, qui compte notamment Beyrouth Hotel (2012), Peur de rien (2015) et Passion simple (2020), adaptation du roman d’Annie Ernaux, ainsi que plusieurs courts métrages et documentaires. Quasiment tous ses films ont été censurés dans son pays d'origine, pour atteinte aux bonnes mœurs et/ou à la sécurité de l’État. "En général mes films exposent des secrets. À cause de cela beaucoup de gens estiment que je suis une provocatrice (…). Et que je ne suis pas du tout représentative du monde arabe d'où je viens. Je trouve dans cette détestation, une force pour faire encore des films. Car au-delà de la provocation pure, c'est la désobéissance qui m'intéresse", déclarait-elle lors festival de La Rochelle en 2012.
En "Occident", le contexte est tout autre, et après la sortie de Dans les champs de bataille, le critique Jacques Mandelbaum écrivait dans Le Monde : "Déplaçant le champ de bataille dans la sphère intime, Danielle Arbid fait d’une pierre deux coups : à travers le portrait sensible d’une fillette solitaire et mature, elle conjugue le déchirement mortifère d’une société éperdument éprise de jouissance et la décomposition tragique d’une famille." Se déroulant à Beyrouth en 1983, le film suit Lina, 12 ans, enfant unique, qui grandit au sein de la communauté chrétienne libanaise. Entre deux bombardements, elle s’aventure à la découverte du monde extérieur. Programmateur à l'Institut Audiovisuel de Monaco, Jacques Kermabon souligne quant à lui que "le film puise dans les réminiscences de l’adolescence de la cinéaste pour en raviver les impressions, les sensations, les émotions et les dilemmes moraux d’une jeune fille livrée à elle-même, tiraillée entre ses désirs et une famille en proie à d’incessants conflits". Un récit d’apprentissage réussi pour cette réalisatrice résistante à découvrir absolument.
4 mars, Théâtre des Variétés, Monaco. Rens: institut-audiovisuel.mc
photo : Dans les champs de bataille de Danielle Arbid, Marianne Feghali et Rawia Eichab © Memento / Coll. IAM