Au seuil du visible
Entrée en équivalence au sein l’École Supérieure d’Art et de Design de Toulon Provence Méditerranée (ESADTPM), Sandra Mauro fait figure d'exception. Après avoir consolidé sa pratique du commissariat d’exposition, tout en élargissant ses recherches plastiques, la fraichement diplômée de la Promotion 2025 propose un aperçu de son travail dans la Galerie de l’École à Toulon.
Installée à l'extérieur de l'établissement, cette Galerie de l'École est une illustration de la volonté de sa directrice Nawal Bakouri de mettre "dans le bain" les étudiants, qui doivent affronter le monde de l’art et son marché à l'issue de leur cursus. De plus en plus de dirigeant·es d’écoles d’Art se livrent depuis quelques années à un suivi, un coup de pouce à leurs étudiants diplômés. Cette démarche est un accompagnement nécessaire tant le milieu de l’art, avec ses codes et ses réseaux peut rendre la sortie du cocon délicate, difficile. Ces monstrations personnelles permettent aux jeunes diplômés d'acquérir une première expérience de confrontation à un public, ainsi qu'à toutes les étapes de l’élaboration d’un tel projet : communication, logistique, installation, démontage…
Parallèlement à sa participation à l'exposition des Diplômé·es 2025 de l'ESADTPM, Sandra Mauro livre l'exposition À nos yeux qui propose "une esthétique du presque, où trouble, trace, effacement, sollicitent un regard lent, actif et attentif". Une pratique qui naît d'une approche sensible du monde, par essence incomplète. En fait, c’est l’intérêt des arts plastiques en eux-mêmes qui libère de cette pensée ne finissant par n’exprimer que le dicible, bridée qu’elle est par le langage. L'artiste va ici plus loin en explorant ce qui se donne à voir et ce qui se dérobe, l’écart entre le réel tangible et sa perception. Pour elle, l’expérience visuelle apparaît comme fragmentaire, traversée de zones imprécises dans lesquelles s’élabore la création.
L’exposition s’attache aux images instables, furtives, indéterminées – le flou y devenant un moyen de côtoyer ce qui ne peut être pleinement saisi. Couleur et lumière, guidées par des correspondances intimes, nourrissent une vision entre perception et mémoire. Les pièces qu’elle présente déplacent les codes du médium, considéré comme outil de perception : cyanotypes, impressions (numériques et lenticulaires), dessins, sérigraphies, caissons et tissus encrés interrogent la matérialité de l’image et ses conditions d’émergence. Elles nous invitent à fréquenter le "seuil du visible" nous faisant comprendre que "voir reste toujours une opération incertaine".
Sandra Mauro prouve ainsi qu’elle a trouvé un langage plus humain en s’appuyant sur ce doute, ce flou qui, pour les adeptes de la sémantique générale chère à Alfred Korzybski, est une approche de la réalité. L’homme a trop construit sur des valeurs approchées qu’il a converti en valeurs absolues, optant pour des bases approximatives parce qu’il a peur du flou, de la vibration, alors que la matière et la lumière en sont pourtant faites. Se fiant à ce qu’il voit et ne concevant pas que la magie de l’Univers provient de ce flou dû à la vibration qui fait que "c'est", et non pas à une vision et à l’observation qui restent approximatives. Sandra nous ouvre les portes du monde tel qu’il est : plein d’un flou vibratoire que l’on nomme la vie. Les certitudes que nous imposent certains, nient cet état naturel et l’on voit bien en ce moment que ce n’est pas la bonne voie.
13 au 27 fév, Galerie de l'Ecole, Toulon. Rens: esadtpm.fr
photo : A nos yeux © Sandra Mauro
Sandra Mauro
Tous les jours, à partir du 13/02/2026, jusqu'au 27/02/2026.
Galerie de l'École (ESADTPM), Toulon.