À Cannes, deux visions du jazz
Deux concerts, dans le cadre des Jeudis du Jazz, vont illuminer le Théâtre Alexandre III de Cannes en février : ceux de Rémi Panossian et Mathias Lévy.
Programmé dans le cadre des Jeudis du Jazz et du Midem 2026 (voir page 3), le concert du 5 février donnera à entendre l'ensemble de Rémi Panossian. Piano, contrebasse, batterie : un trio classique pour une musique qui l'est beaucoup moins. Le dernier répertoire de ce pianiste, enregistré à Séoul, en Corée du Sud, est radicalement tourné vers l'Asie. Des clins d'œil, des rythmes, quelques harmonies évoquent une idée générale du Soleil levant, avec parfois des surprises, lorsque le batteur Frédéric Petitprez se saisit étonnamment d'un doudouk, le plus suave et le plus sensuel des bois, mais qui n'a rien de particulièrement coréen : ce genre de hautbois est par excellence l'instrument arménien – à l'Est, ma non troppo... Ce trio expérimenté se reconnaît au premier coup d'oreille ! L'inspiration vient d'Orient, mais qu'on ne s'attende pas à des roucoulements stéréotypés : le cliché n'a pas droit de cité, la rythmique reste extrêmement carrée et sûre d'elle, bien ancrée dans un swing éprouvé. Avec même parfois un goût de jazz-rock binaire dans l'assurance des musiciens. Le clavier est bien enfoncé, la virtuosité sans faille, le piano crépite avec assurance et Rémi Panossian emmène son équipe avec une résolution tout à fait convaincante.
Le 19 février, ces mêmes Jeudis du Jazz nous présenteront le dernier projet de Mathias Lévy, Chant Song. Il s’agit de l'un des répertoires dont on a le plus parlé dans le monde du jazz depuis la saison dernière. Une suite de morceaux dont l'assemblage est bien peu conventionnel et qui évoquent toutes sortes d'origines, du bluegrass aux folk songs... avec des paroles, comme dans les "vraies" chansons, empruntées à Jacques Prévert (de même que le titre), comme à Blaise Cendrars. Et tous les musiciens chantent, alors qu'ils ne savaient peut-être même pas qu'ils étaient chanteurs, à part Lou Tavano, dont la voix fraîche éclaire la musique ! C'est peut-être ce culot et cette insouciance qui donnent à ce projet un air moqueur : les musiciens sont prêts à s'éloigner de leurs instruments, d'une technique qui parfois les protège, pour abandonner confort et sécurité. Quant au violon de Mathias Lévy, d'une parfaite aisance et d'une parfaite justesse, il est comme le petit cheval blanc d'une autre chanson : fougueux, intrépide et caracolant !
Remi Panossian, 5 fév • Mathias Levy, 19 fév, Théâtre Alexandre III, Cannes. Rens: cannes.com
photo : Mathias Lévy © DR